Philippe Somnolet - photographies & ethnographie
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Loubnan-Lebanon-liban
La Maison Liban, pays minuscule et complexe où la dissension semble être le ciment. Une autoroute comme colonne vertébrale qui égrène les morceaux cloisonnés de sa diversité. L’autoroute est le symbole de ce pays rhizome, toujours attaché à des extérieurs dont elle ne semble être qu’une scène, un terminal d’affichage de valeurs glanées à l’international. Les cyniques se plaisent à dire que ce pays n’en est pas un, mais la maison de vacances d’une nation en diaspora. Il est pourtant le territoire d’une nation, fantasmée, rêvée, fière d’une diversité qu’elle semble pourtant toujours subir et d’une nature abîmée par un urbanisme déraisonné, hirsute. Les villes sont passionnantes comme plantées là, dans le chaos d’une chute mais rares sont les paysages autour qui ne sont pas entachés par les éclaboussures de cette originelle explosion bétonnière. Le pays a deux vitesses. La libanité qui ne semble sourire qu’à ceux qu’il l’ont en bagage et qui reviennent en chercher les lauriers auprès de ceux qui pauvrement, humblement gardent la maison. Voilà certainement pourquoi l’hospitalité y est si franche, douce, subtile, absolument attachante, le pays est une terre pour les gens de passage, l’hospitalité sa raison d’être. Caricaturalement, ce pays semble être le lieu de toutes les ostentations de ces réussites faites ailleurs. L’espace public orchestre les exubérances luxueuses des uns, les bringuebalantes routines des sédentaires et surtout les esclandres politiques perpétuelles d’une nation irrésolue, atomisée, disséminée qui se rassemble pour crier entre frères que l’on n’a pas encore trouvé comment s’aimer. En près d’une dizaine de voyages sur deux années, pas un seul qui n’ait pas été marqué par des événements politiques aux dimensions et incidences toujours tonitruantes. Ce petit pays ne résonne que puissamment et toujours à une échelle qui le dépasse. On revient à lui comme vers sa mère, on le quitte à l’écoeurement pour le regretter quelques heures après, on dirait un repas de famille.
De gauche à droite, manifestation du 14 mars après l’assassinat de Rafiq Hariri, l’autoroute, Aéroport Lyon-St-Exupéry et Beyrouth Sud après la guerre de Juillet.